samedi 12 mai 2018

Nakashima.


Le Strict Maximum vous emmène aujourd'hui à la découverte du travail d'un artiste du bois, architecte de formation, dont le travail et le rapport à la matière sont à rapprocher de ceux de nos archi-designers français, Melle Perriand et le Père Chapo, le grand George Nakashima.

George Nakashima

Né dans l'état de Washington, l'ébéniste et designer George Nakashima commence ses études en sylviculture et architecture à l'University of Washington et obtient sa licence d'architecture en 1929.
Nakashima étudie ensuite à l'Ecole Américaine des Beaux-Arts près de Paris.
Il commence sa carrière d'architecte designer pour les Long Island State Parks et le gouvernement de l'Etat de New York.
En 1933, grand voyageur, Nakashima s'envole en Inde et s'établit ensuite au Japon où il apprend l'ébénisterie artisanale traditionnelle.
Il travaille deux années avec l'architecte Antonin Raymond avec qui il devient ami.

Chaises Conoid et table Sanso.
Bahut séparateur de pièce Conoid

A la fin des années 30, Nakashima rentre aux Etats-Unis et ouvre son premier atelier de mobilier à Seattle.
En 1942, alors que la guerre bat son plein, ses origines japonaises le conduisent lui et sa famille dans un camp de l'Idaho, où ils sont internés.
Il y  fait la rencontre d'un maitre charpentier  forcément japonais avec qui il parfait son apprentissage.
Si l'époque n'est pas favorable aux japonais, avoir séjourné au Japon et y avoir travaillé avec Antonin Raymon l'est bien plus à Nakashima puisque c'est grâce à son intervention qu'il quitte le camp avec sa famille un an après leur arrivée.


Lampe Kent Hall dessinée pour l'Université Columbia.

Enfilade suspendue

Bureau Minguren.

Quelques temps après, Antonin propose à Nakashima d'ouvrir un atelier dans sa propriété de New Hope en Pennsylvanie.
Nakashima se consacre alors totalement au travail du bois. Assisté d'une poignées de collaborateurs, il conçoit ses meubles de manière complètement artisanale.


Maison de Nakashima

Maison de Nakashima

Maison de Nakashima

Maison de Nakashima

Il laisse transparaitre la noblesse naturelle et robuste du bois, utilise les marques du temps visibles, se sert des nervures et des noeuds pour dessiner une ligne moderne emprunte de traditions.
Nakashima met au point une agrafe en forme de papillon lui permettant de joindre deux pièces en bois, agrafe qui deviendra sa signature.


Nakashima, son épouse et leur fille Mira.

Repéré dès le début de sa production, une grande partie des ses oeuvres sont destinées au géant Knoll, son principal client dès les années 40.
Nakashima accompagné de Mr et Ms Benett.

Intérieur des Benett.

Dans les années 70, il aménage plusieurs espaces intérieurs de bâtiments importants tels que le Monastère du Christ du Désert à Abiqui au Nouveau Mexique ou encore la résidence du gouverneur Rockefeller pour qui il dessine quelques 200 pièces.
Il conçoit également une cinquantaine de modèles pour un couple de collectionneur, les Benett, récemment vendus aux enchères au LAMA (Los Angeles Modern Auctions)

intérieur du gouverneur Rockefeller.
Un George drôlement bien équipé.
Il réalise également des "tables de paix" dans les années 80, qui résument à elles seules la philosophie du designer pour qui la spiritualité, la fonction et l'esthétique ne font qu'un.


 "Table de paix" cathédrale Saint-Jean le Theologien à New York. 

George Nakashima devant une "table de paix"
George Nakashima meurt à New Hope en 1990, marquant ainsi le monde du design par sa conception particulière qui mêle le savoir faire oriental, le choix de la sobriété et la naturel du style "Art Craft" qui émane des mouvements modernes de l'architecture occidentale.

Résidence de Nakashima.
Pool House de Nakashima.

Salle de bains de Nakashima.

Aujourd'hui les productions Nakashima sont dirigées par son unique fille, Mira, son assistante de coeur depuis son plus jeune âge.

George et sa fille Mira.

Le travail des enfants, déjà un problème.

Son oeuvre se ballade aux quatre coins du monde, comme aimait le faire Nakashima, allant du Metropolitan Museum of Art de New York, au Musée national d'Art Moderne de Tokyo en passant par le Victoria and Albert Museum de Londres. 

Enfilade double portes coulissantes.

Plaque Ikebana.
Nous espérons au Strict Maximum que ce court instant passé avec Nakashima vous aura été agréable  comme il est toujours agréable à nos quatre yeux de tomber sur l'une de ses créations.
Terminons donc ici avec un proverbe japonais qui dit " On commence à vieillir quand on finit d'apprendre" et qui sous-entend donc que le Strict Maximum est votre elixir de jouvence.
Bonne soirée à vous chers jeunes lecteurs.

mercredi 18 avril 2018

Sur commande.



A cette heure ci nous devrions nous assurer du pli net de nos pantalons en popeline, effectuer une selection de nos plus belles chemises, cirer nos souliers, piocher quelques vestes mais il n'en sera rien. Il n'en sera rien puisqu'Air France a pris la décision unilatérale de supprimer notre vol. Pas de Florence donc pour le Strict Maximum cette semaine.


Cet avion ne décollera pas.

Dans l'unique but de nous aider à gérer notre frustration nous décidons de former ce soir un groupe de discussion dont vous faites désormais partie et au cours duquel vous n'aurez pas votre mot à dire. Le sujet est "Que faire lorsque le meuble de vos rêves reste introuvable?" 
Pas de rapport direct avec le coup bas d'Air France et encore moins avec l'Italie mais rappelez-vous que tous les chemins mènent à Rome et cette discussion mène à Pierre Chapo.

Depuis huit années, la haute fonction de "meuble principal" au Strict Maximum était tenue par une enfilade pêchée à Meudon La Forêt à l'aube du retour fracassant du scandinave dans nos intérieurs. Nous pouvons tous saluer ces huit longues années de service effectuées sans qu'au SM personne ne se lasse, et vous aurez deviné que c'est là que se niche la véritable prouesse.



Savourez donc une photo d'archive.

Il y a quelques mois, notre équipe pleine d'espoir s'est donc lancée à la recherche de sa digne remplaçante. 
Seulement, rien. Rien qui ne fasse trop scandinave, trop reconstruction, trop design français. Il y avait bien cette enfilade Cansado de Charlotte Perriand -que l'on croise d'ailleurs un peu trop- mais définitivement non. Trop petite, trop foncée et trop plaquée.

Enfilade Cansado, trop petite, trop foncée, trop plaquée.

De longues semaines d'errance mènent alors votre cher Strict Maximum sur la piste d'un meuble suspendu du père Chapo.
Ce dernier, localisé mais pas à vendre, génère bien des tracas au SM.


meuble Chapo - pièce unique 1967

Le même meuble, toujours unique et de 1967.

Un autre meuble Chapo vint hanter l'esprit du SM. Croisé dans le livre de Hugues Magen, page 100, une superbe pièce présentée au Salon des Arts ménagers de 1966, recouverte de ce qui semble être du stratifié noir.


Stand Chapo, Salon des Arts ménagers, 1966.


De ces deux visions née l'idée comme du caillou l'étincelle.
Puisque zéro + zéro égale la tête à Toto, le modèle unique + l'enfilade du Salon des Arts ménagers égale l'enfilade du SM.
C'est à ce stade qu'intervient Fidel Chapo et son talent. Après plusieurs échanges le meuble prend vie, combinant le dessin du premier, l'aspect du second, le tout aux  dimensions idéales de l'enfilade sortante.




Evidemment chez Chapo, on ne dit pas une enfilade mais un bahut. Rien que dans le mot c'est déjà plus costaud. Le SM est donc désormais propriétaire d'un beau bahut, un bahut Ulrikk, dessiné et fabriqué rien que pour lui.




En situation ça donne un bon gros bahut d'une centaine de kilos qui pourtant flotte dans l'air. La ligne est simple, pure, moderne.






C'est fou comme un bahut peut faire du bien, comme ce voyage en Italie nous semble bien loin et finalement pas très important. Ce qui compte vraiment c'est d'être bien entouré chez soi. Et c'est un SM particulièrement ravi et rassuré qui vous quitte ce soir. Rassuré de voir qu'après quelques semaines, le bahut tient toujours accroché au mur.

jeudi 5 avril 2018

Interlude.



On reconnait les amis à leur implication. Si vous êtes lecteur du Strict Maximum, vous comprendrez. Sinon... tant pis!





jeudi 29 mars 2018

Le vengeur masqué.


Si les masques que l'on porte devant soit même et ceux que l'on porte devant les autres restent invisibles, il y en a d'autres qui attirent le regard et ne s'en cachent pas. Ceux ci s'exhibent et jouent sur un double niveau de l'identité. Masquer son visage aux personnes que l'on rencontre nous autorise à jouer un rôle tout différent du nôtre, mais nous sommes bien d'accord que si se cacher est un plaisir, ne pas être reconnu est une catastrophe.
Saul Steinberg l'a compris. Le hasard faisant bien les choses c'est justement de lui dont il est question ici.

Un Saul peut en cacher un autre.

Artiste roumain naturalisé américain, Saul Steinberg est un dessinateur de presse et illustrateur célèbre pour son travail dans le New Yorker magazine. D'un trait simple, affuté et efficace, parfois s'appuyant sur un objet, c'est toute une histoire qui prend vie sous les doigts de Saul. A la manière d'un Haïku, il en faut peu à Steinberg pour en dire beaucoup.








Les amateurs du travail de Charles et Ray Eames le connaissent à travers les dessins qu'il réalise sur quelques unes de leurs assises en 1950.








Ce besoin qu'à Steinberg de représenter les choses et les gens à l'aide de notions schématiques, très simplifiées, le conduit au début des années 50 à la confection de masques de papier. Ce sont des portraits de figures typiques de l'époque mais également des caricatures intemporelles.










Des différences infranchissables entre les êtres et des identités sociales rigides sont ainsi montrées. Ils sont à la  fois effrayants, tristes et comiques. Dans le regard des autres nous ne sommes que la caricature de nous mêmes.








Le Strict Maximum raffole de ces masques et pourrait bien exiger le port du masque obligatoire en cas de visite en ses locaux.


On t'a reconnu Arthur Miller!


Pour l'heure -22h54- nous n'allons pas vous refaire l'histoire complète de Mister Steinberg. Le SM aussi needs his beauty sleep. 
Les plus curieux et les moins fatigués d'entre vous peuvent toujours se rendre sur le site de la fondation Saul Steinberg particulièrement bien documenté que le SM vous recommande.

On dit merci.Et bonne nuit.